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Pascal Gastien, l’attrait par le jeu

Arrivé à la tête du Clermont Foot, par défaut, après le départ de Corinne Diacre pour l’équipe de France féminine, Pascal Gastien a légitimé sa prise de poste grâce à des résultats et une philosophie de jeu portée sur la possession.

Premier sur le terrain d’entraînement annexe du Montpied, Pascal Gastien est apparu détendu et tranquille, comme toujours. Habillé du maillot d’entraînement rouge, réservé aux entraîneurs, il a salué journalistes et supporters, un par un avant de pénétrer sur le rectangle vert qui a fait son bonheur la saison dernière.

C’était le 1er septembre 2017, Pascal Gastien alors Directeur du centre de formation du Clermont Foot est nommé à la tête de l’équipe première. Une promotion surprise consécutive au départ de Corinne Diacre pour l’Equipe de France féminine. Entraîneur de Niort, puis de Châteauroux, le natif de Rochefort voyait une belle opportunité s’offrir à lui.

La suite ? Une succession de réussites lors d’une saison 2017-2018 historique où le Clermont Foot a fait tomber un par un les records du club et a terminé à une honorable sixième place. Une réussite si importante qu’elle a effacé les souvenirs douloureux des expériences précédentes de l’entraîneur auvergnat.

« Les joueurs que j’entraîne m’ont réconcilié avec le football. Je suis vraiment fier de ce que l’on a fait, de notre saison, de ce que l’on a pu créer comme jeu et d’avoir offert des émotions aux Clermontois. »

Car c’est un homme blessé, par des expériences passées douloureuses à Niort et surtout à Châteauroux, qui a révolutionné le jeu des « rouge et bleu ». Un homme qui a douté et connu des mois de chômage avant de reprendre le centre de formation du Clermont Foot et d’être propulsé au poste de chef d’orchestre. Et l’orchestre, il l’a manié d’une main de maître en prônant un jeu de possession et de mouvement.

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Pascal Gastien est en réalité un esthète, un amateur du beau jeu et un passionné du ballon rond qui met l’intelligence de jeu, au-dessus de tout, comme il le déclarait pour So Foot en mai dernier.

« Une fois que le coup d’envoi est donné, on ne peut plus intervenir. L’intelligence de jeu, le QI du football est un long travail, sur la qualité des déplacements, la recherche de l’espace… Mais quand vous arrivez à maîtriser ça dans votre équipe, la performance d’ensemble s’en ressent. C’est en tout cas ce que je pense. L’efficacité passe par l’intelligence de jeu. »

Et s’il semble avoir une vraie philosophie de jeu, il n’en oublie pas de se remettre en question et d’analyser ce qui pourrait être perfectible. L’homme se couchant à 3 heures du matin et se levant à 7 heures, vit le football et prend le temps d’étudier ce qu’il pourrait améliorer. La preuve avec une remise en question intervenue dès le début de l’exercice 2018-2019.

« La saison dernière on a peut-être manqué de variétés dans notre jeu ou notre organisation, donc on va travailler ça. Il faut que l’on ait plusieurs cordes à notre arc. »

Quoi qu’il en soit, la base de la réussite est claire pour le technicien clermontois, le travail. Car pour assimiler son plan de jeu et réussir, cela passera par un dur labeur.

« Je leur ai dit qu’il n’y avait pas de secret, oui on a fait une bonne saison l’année dernière, mais ça ne nous assure rien du tout. Si l’on ne met pas tous les ingrédients comme le travail, l’enthousiasme, l’écoute et la qualité, on ne renouvellera pas ce que l’on a fait la saison dernière. Ce sera une question de volonté et de travail. »

Pas de doute, Pascal Gastien sait où il veut aller, et s’il a déjà avoué – toute proportion gardée – s’inspirer du FC Barcelone, il a en tout cas la mentalité et la philosophie pour amener le Clermont Foot plus loin qu’il ne l’est déjà.

©Richard Brunel

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Rugby et football fusionnent

C’était il y a un peu moins d’un an : l’ASM et le Clermont Foot ouvraient le premier centre de formation partagé de France. Un projet ambitieux visant à s’entraider et à profiter des atouts de l’un et de l’autre. Retour sur cette journée d’inauguration.

9h. Arrivés parmi dans les premiers journalistes, nous découvrons un bâtiment banal couleurs anthracite et gris clair, fait de tôle et aux premiers abords sans vie. Les fleurs n’ont pas encore pointé le bout de leur nez et il n’y a que la terre, récemment semée pour « embellir » cette première impression plutôt décevante. Ce pourrait être une usine mais il s’agit d’une vraie révolution et d’un bond en avant pour le département, pour le pays. Le premier centre de formation partagé entre deux clubs professionnels de disciplines différentes est né. Après les premières impressions plutôt médiocres, nous pénétrons dans ce bâtiment en passant par la porte principale encerclée des deux logos, ceux de l’ASM et du Clermont Foot.

9h30. Sur le pas de la porte, Bertrand Rioux, Président du centre de formation de l’ASM nous accueille et s’improvise guide.

« C’est un superbe centre de formation. Le but est d’apprendre du football, comme les footballeurs veulent apprendre du rugby. Ce sont deux sports bien différents, mais ils peuvent nous apprendre des choses sur les appuis, l’explosivité, tandis qu’ils pourront se nourrir de notre expérience sur la partie musculation. On va pouvoir progresser au contact des uns et des autres. »

10h30. Au tour de Frédéric Zago de louer les qualités du projet, lui qui vient d’être nommé Directeur du centre de formation du Clermont Foot.

« La particularité de ce centre, avec le partage, m’a rendu curieux. Je regarde ce qu’ils font du côté du rugby et comment ils fonctionnent. Il y a plein de choses que l’on va pouvoir appliquer en s’aidant de ce qu’ils font à côté, la formation c’est aussi expérimenter. »

11h30. Un peu de liberté et nous pouvons déambuler dans ce centre à la pointe de la technologie. Nous apercevons quelques footballeurs sur des vélos d’appartement qui s’échauffent en vue de leur entraînement. L’occasion pour Kenneth Attal, attaquant de l’équipe réserve, né en 1999, de vanter les mérites du centre.

« Les installations sont parfaites, on va bien pouvoir travailler. On a un peu de mal à croire que certains rugbymen ont le même âge que nous, mais ils sont sympas, on parle tous entre nous. »

14h. Après la pause déjeuner, les journalistes sont bien plus nombreux et attendent l’arrivée des Présidents de l’ASM et du Clermont Foot et de ceux des ligues de football et de rugby. Celui des Jaunards, Eric de Cromières savoure.

« Ce centre va nous apporter réellement au niveau de notre équipe espoir qui fonctionne déjà très bien ».

14h30. L’heure des discours et des prises de paroles des personnes ayant contribué à ce projet. Après des interventions de Brice Hortefeux, Vice-Président de la région, d’Olivier Bianchi Maire de Clermont-Ferrand. Noël Le Graet, Président de la Fédération Française de Football, s’exprime à son tour, devant tous les pensionnaires du centre de formation et une pléthore de journalistes et d’invités.

« Il s’agit d’une initiative exceptionnelle. Réunir des sports différents c’est magnifique et Clermont a réussi un véritable miracle ! »

16h. Fin de cette journée d’inauguration et début de vie pour ce centre de formation partagé qui fait l’unanimité au sein des deux sports et des élus. Un véritable espoir et une ambition affirmée avec la création de ce centre de permettre à ces deux clubs d’apprendre des uns des autres pour performer au plus haut niveau. Si l’ASM, en rugby a déjà prouvé à de nombreuses reprises sa capacité à réussir dans le domaine de la formation, le Clermont Foot est un peu plus en difficulté dans ce domaine-là. En effet, le club de football n’évolue pas dans la première division et n’a que de modestes moyens pour parvenir à former convenablement des joueurs. Cette entente entre les deux clubs est donc une aubaine qui va leur permettre d’obtenir un centre à la pointe de la technologie et doté d’équipements derniers cris. Tout cela offre à ces jeunes la possibilité d’apprendre et de se développer dans les meilleures conditions pour approcher leur objectif de devenir professionnel.

Après une petite année d’existence, le centre de formation partagé de l’ASM et du Clermont Foot peut déjà se réjouir du sacre de champion de France de l’équipe Espoirs des « jaune et bleu » et de la promotion de trois joueurs de l’équipe réserve du Clermont Foot, en équipe principale.

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15 ans d’expérience en une soirée

Le 10 août dernier 2018, le monde du rugby et du sport était bouleversé. Louis Fajfrowski, 21 ans, joueur du Stade aurillacois, mourait sur la pelouse du Jean-Alric en plein match de préparation. La Montagne, où je travaille, avait sorti l’information en exclusivité, récit d’une soirée enrichissante mais éprouvante.
Fin de journée au service des Sports de la Montagne. Nous sommes samedi soir et je m’apprête à partir mais comme souvent les week-ends un petit repas improvisé entre collègues se tient. Mon collègue, Manuel couvre pendant ce temps le match de préparation de l’ASM contre Toulon.
A la fin de la première mi-temps, Frédéric, le chef du service arrive, paniqué et déclare : « Louis Fajfrowski est mort pendant le match contre Rodez ». Stupeur dans la rédaction, tout le monde est sous le choc.
Pourtant, ne connaissant pas le joueur, je ne mesure pas encore la gravité de la situation. Sur le coup, tout s’accélère, il évolue à Aurillac, une équipe auvergnate voisine, le sujet est bouillant et nous concerne directement.
J’ai immédiatement la responsabilité de rédiger le temps fort qui annonce le décès du joueur. Un poids immense.
D’autant plus que je m’identifie à ce jeune homme, qui a le même âge que moi mais il faut rapidement que je me ressaisisse et que je prenne de la distance, c’est essentiel pour décrire les faits.
Aidé de Jean-François, un collègue expérimenté, je rédige, non sans difficulté, l’annonce du décès aussi vite que possible.
Finalement, nous publions l’article en premier, il est repris par L’Equipe et l’objectif est finalement atteint. Je ressors de cette journée complètement lessivé aussi bien physiquement que moralement. La meilleure école c’est le terrain, ce jour-là cela s’est vérifié. Comme une impression d’avoir engrangé 15 ans d’expérience en une soirée.

Sur les terres du rugby, le football veut sa part du gâteau

C’est bien connu, le cœur de Clermont-Ferrand et de ses alentours bat pour le rugby. Avec l’ASM, en tête de file, mais également le CA Brive et le Stade Aurillacois, c’est bien le ballon ovale qui domine dans ce coin de la France. Finalement, c’est une des seules zones de l’Hexagone avec, le Pays Basque où le rugby règne sur le football. Alors il est intéressant de s’interroger sur le pourquoi du comment et de se pencher sur ce phénomène. Et donc plus particulièrement à Clermont et ses environs où le rugby résiste à l’hégémonie du football.

Mon étude, va porter sur le travail effectué par les clubs de football pour se faire une place, tant bien que mal, face à l’ogre rugby. Du Clermont Foot à l’Etoile Sportive des aiglons brivistes, en passant par le Football Club Aurillac-Arpajon, comment fait-on pour exister sur les terres du rugby ?

Alors que le football et le rugby, sports collectifs, les plus populaires en France, se livrent une petite guerre sur fond de valeurs et d’intérêt, y’a-t-il une réelle possibilité de cohabitation pour deux clubs de ces disciplines dans une même ville ? Des exemples existent et permettent d’affirmer que oui. Cependant, il semble que le désintérêt et le mépris pour le football soient si forts dans cette partie de la France que la messe semble d’ores et déjà dîtes.

Pour autant, cela n’empêche pas ces clubs mal aimés de se battre, corps et âmes, pour être reconnus et susciter de l’intérêt. Comment s’y prennent-ils, par quels moyens, ces objectifs sont-ils atteignables ?

Ce blog a pour but de montrer les efforts visant à populariser le football dans une région qui semble le rejeter et de mettre en lumière les raisons de cette brouille pour le football dans ce coin de France où il est roi.